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Jeûner: et si on arrêtait de manger pour se faire du bien ?



« Sauter un repas, mais vous êtes fou ? »
Dans nos sociétés où le « trop » est omniprésent et déborde de partout, le moins peut devenir plus.
Défendu par certains, critiqué par d’autres, le jeûne suscite bien des débats. Se priver va à l’encontre de la «surconsommation », à laquelle nous sommes constamment invités. Pourtant, cette démarche assez simple consiste en fait en un grand nettoyage physique, mental et émotionnel.



De quoi parle-t-on ?

Jeûner, c’est tout simplement s’abstenir de nourriture durant une période plus ou moins longue. Notre corps est souvent trop nourri. Notre corps est souvent mal nourri. Il est le roi du tri sélectif mais il n’a pas la capacité de se débarrasser de tout ce qui lui est nocif. Les déchets produits par le fonctionnement des cellules et les toxines issues des pesticides, conservateurs, colorants et des divers additifs s’accumulent au fil des ans. Pendant des années l’on peut vivre avec une quantité raisonnable de toxines mais, au fil du temps, l’organisme finit par s’encrasser. Fatigue, mine terne, pensées négatives, problèmes de santé, autant de symptômes qui traduisent cet encrassement. En se privant de nourriture, le corps va se débarrasser des toxines en entreprenant un travail de détoxination par autolyse (destruction des cellules mortes).

Notre corps, une merveilleuse machine

Ne recevant plus de nourriture de l’extérieur, le corps va chercher à l’intérieur ce dont il a besoin. Il va commencer par puiser dans le glucose de réserve du foie. Quand le glycogène hépatique est épuisé, l'organisme se nourrit des protéines disponibles ; celles des derniers repas. Ensuite il puisera de l’énergie dans les réserves graisseuses, le foie pouvant transformer les graisses en glucose (néoglucogenèse). Ceci met en circulation les corps cétoniques et la détoxination se met en route. Ces corps cétoniques servent d’apport énergétique de secours. En utilisant de cette manière son énergie de réserve, le corps « se gère ». Il pourrait tenir ainsi environ 40 jours, mais ce chiffre dépend de chacun et du poids corporel de chaque personne.

Les personnes qui sont privées plus longtemps de nourriture comme dans les pays qui connaissent la famine, finiront par mourir de faim car les réserves graisseuses s’épuiseront et le corps ira alors chercher les protéines des muscles. Puis il se nourrira de ses propres organes : phase critique qui s’appelle l’inanition et qui conduit à l’épuisement de l’organisme. Dans le cadre d’un jeûne, l’organisme s’offre une mise au repos du système digestif, mais aussi nerveux, endocrinien, cardio-vasculaire, circulatoire et respiratoire. En appuyant sur « pause », il se régénère et rectifie naturellement certains déséquilibres.
La capacité de jeûner serait un réflexe atavique hérité de notre évolution. Pourtant, dès qu’une personne mange moins, son entourage panique. Lorsqu’on est malade, on s’entend dire, « tu dois manger » alors que, dans ce cas, jeûner est une approche d’autoguérison. Les animaux cessent naturellement de manger quand ils sont malades ou blessés. Le corps est beaucoup plus adapté à la carence de nourriture qu’à son excès. Apprenons à être à son écoute ! S’il n’a pas faim, c’est souvent parce qu’il n’a pas besoin de cet apport à ce moment précis. On néglige trop souvent notre corps, le jeûne (ré)apprend à lui porter plus d’attention bienveillante.

Plusieurs types de jeûne

A la base, il y a deux sortes de jeûnes : le jeûne hydrique et le jeûne aux jus verts ou « Buchinger ». Le premier n’introduit que l’eau comme élément liquide. Le second permet un apport assez varié mêlant eau, jus, tisanes et bouillons de légumes pour les oligo-éléments. Les jus sont généralement des jus verts, contenant tous les bons nutriments nécessaires à la revitalisation et la régénération des cellules. Quand les fruits et légumes sont au programme, cela s’appelle un demi-jeûne.

Déroulement

Afin d’éviter une perte musculaire trop grande, toute cure de jeûne est généralement associée à une forme d’activité physique, le plus souvent la marche, mais cela peut aussi être du yoga, de la bio énergym ou de la danse. Cela permet de préserver la masse musculaire lors de la perte de poids. Bouger va aider le processus d’élimination en favorisant la circulation du sang et de la lymphe. L’exercice physique entrepris sera de préférence doux afin de préserver l’énergie du corps pour la détox au lieu de la réquisitionner uniquement pour l’activité physique.

Généralement, les jeûnes sont proposés sous forme de cure d’une semaine ou plus. Toute initiative sérieuse comporte une phase préparatoire et une phase post-jeûne. Cela est vraiment très important, il n’est pas question d’improviser un jeûne. Deux semaines avant, il s’agit d’éliminer petit à petit certains aliments : alcool, thé, café, viande rouge et produits raffinés. Les quantités ingurgitées seront revues à la baisse. La veille, l’organisme ne recevra que des fruits et des légumes (bio, bien entendu !). La reprise alimentaire est toute aussi importante et correspond, en temps, à celle du jeûne à proprement parlé. Il s’agit de réintroduire doucement d’abord les fruits, légumes, céréales complètes, crudités… tout ce qui constitue une alimentation vivante !
Pendant la cure, certains symptômes traduisent le travail de détox : maux de tête, langue chargée, légères nausées, fatigue. A partir de trois semaines, on parle de jeûne thérapeutique qui se fait dans le cadre d’une clinique spécialisée comme la clinique Buchinger en Allemagne.



Les nombreux bienfaits

Le premier effet visible est la perte de poids. Si cet argument peut en séduire plus d’un, un jeûne ne doit pas être envisagé uniquement dans ce sens. Sans modification des habitudes alimentaires, les kilos reviendront au galop. Les bienfaits sont plus profonds, touchant chaque partie interne du corps. Il est très efficace dans le cadre de maladies des articulations, inflammations chroniques, allergies, maladies cardio- vasculaires, fatigue…
Mais les effets psychologiques sont tout aussi importants. L’organisme tournant au ralenti, Jeûner permet de retrouver sa vitalité, celle du corps et de l’esprit. Pour moi, c’est ça être en bonne santé. cela donne la possibilité d’être davantage à l’écoute de ses émotions, de ses besoins. Les idées deviennent plus claires et le coeur est plus léger. Une organisatrice de cures de semi- jeûne en Belgique a une explication toute simple à cela, « Quand c’est le KO dans les intestins, c’est le KO dans le cerveau aussi. Le jeûne régénère toutes les cellules y compris celles du cerveau. » C’est souvent une occasion de remettre en question son rapport à la nourriture, aux autres et à soi. «Au niveau alimentaire, nous nous sommes éloignés de la nourriture, il est tout à fait possible de faire un très bon repas d’un point de vue apports énergétiques et goût sans cuisiner ». Le retour à l’essentiel est inévitable et tellement bénéfique ! Pour appuyer ce travail, certains organisateurs de stages proposent également des méditations, dirigées ou libres, favorisant l’introspection. Certaines cures proposent de mêler jeûne et silence. Lors des premières nuits, il n’est pas rare de mal dormir, de faire des cauchemars, le mental étant invité lui aussi à se débarrasser de ses toxines. Si certaines nuits sont moins douces, paradoxalement le jeûneur peut se sentir plein d’énergie. Ce n’est pas un hasard, c’est le fruit du jeûne ! « Jeûner permet de retrouver sa vitalité, celle du corps et de l’esprit. Pour moi, c’est ça être en bonne santé ».

Le jeûne, est-ce pour moi ?

Sauter un repas de temps en temps est sans danger mais se lancer dans l’aventure du jeûne nécessite l’avis préalable d’un médecin qui effectuera un bilan de santé. Jeûner ne convient pas à tout le monde : les enfants, les femmes enceintes, les personnes diabétiques ou celles étant en sous- poids, ne pourront pas tenter l’expérience.

S’il est possible d’organiser soi-même un jeûne hydrique d’un ou deux jours quand on a déjà pratiqué un jeûne, il est préférable de se faire encadrer par des professionnels. Chez soi, le semi-jeûne avec un apport en noix est le plus simple à mettre en place. L’offre est très large, près ou loin de chez soi. Des stages résidentiels d’une semaine en moyenne sont organisés en Belgique, en France, en Turquie, en Thaïlande. Sortir de chez soi permet de couper avec son quotidien, d’être loin des occupations quotidiennes, du rythme endiablé et de s’offrir un espace temps privilégié. Jeûner en groupe est plus simple, on se lie à un groupe dont l’énergie est porteuse. Partager l’expérience et pouvoir en parler apporte de l’énergie positive, on se sent entouré dans la démarche et encouragé dans les moments de baisse d’énergie. Le groupe est un stimulant. Choisissez un lieu qui vous plaît car quand l’organisme tourne au ralenti, les sens sont en éveil et les émotions au rendez-vous !



Quand jeûner ?

Si le jeûne peut se faire tout au long de l’année, les meilleures périodes correspondent aux deux grands changements de saison : l’automne et le printemps. Souvent, le plus difficile est de prendre la décision de jeûner. Il s’agit d’un réel choix personnel. Une fois le jeûne commencé, la sensation de faim disparaît très rapidement, en général après deux jours, et le reste se fait naturellement. « La faim ne se ressent pas au niveau de l’estomac qui contracte, mais au niveau de la bouche ».
Ses partisans en font une véritable hygiène de vie naturelle, garantie d’une bonne santé toute l’année. « Deux semaines de jeûne par an, c’est l’idéal et s’il ne faut en faire qu’une, celle du printemps est la plus bénéfique ».
On peut aussi faire un jeûne par intermittence : alterner des périodes de jeûne et des périodes d’alimentation normale. Certains opteront pour d’autres concepts comme les cures de raisins, « cure uvale » bien connues des Grecs et des Romains. Quelle que soit l’option choisie, il ne faut pas passer d’une alimentation normale à, subitement, la privation. Cela doit se faire en douceur et progressivement pour être bénéfique.

Qu’en dit l’histoire ?

Aujourd’hui la tendance surfe sur la vague du « détox » en tout genre. Si jeûner a la cote dans certains milieux, il s’agit pourtant d’un phénomène ancien et même d’une des plus anciennes approches d’autoguérison. N’ayant pas toujours eu une orientation « santé », il a toujours existé sous différentes formes. Toutes les grandes civilisations en Orient et en Occident connaissent le jeûne religieux. Le Carême, le Ramadan et Yom Kippour l’illustrent parfaitement. Les grands manuscrits religieux lui prêtent même une valeur spirituelle. Il occupe encore aujourd’hui une place importante dans la pratique religieuse. Et certains, à l’image de Ghandi, ont utilisé l’acte de « ne plus manger » comme un acte politique non violent. Toutes ces pratiques s’appuient sur la croyance que l’effet purificateur du jeûne permet de s’approcher de la source de toute spiritualité. Saint Athanase affirmait que "Le jeûne guérit les malades, il dessèche tout écoulement. Il repousse les démons et expulse les pensées malsaines. Il rend l'esprit plus clair et purifie le coeur. Il sanctifie le corps et transporte l'homme sur le trône de Dieu. Le jeûne est une grande force".1 Socrate et Platon le jugeaient primordial pour un bon équilibre physique et mental.

Et la médecine ?

Certains avaient déjà une vision holistique : «Il faut être mesuré en tout, respirer de l'air pur, faire tous les jours (…) de l'exercice physique et soigner ses petits maux par le jeûne plutôt qu'en recourant aux médicaments», aurait affirmé Hippocrate (460-375 av. J.-C.).
En Russie, en Allemagne et aux Etats-Unis des médecins et biologistes s’y intéressent depuis longtemps. En 1822, le Dr Isaac Jennings2 renonce à l’usage de la médication et opte pour une nouvelle science où le jeûne est une hygiène naturelle. En 2012, le Pr. Valter Longo3 démontre que jeûner avant et après une chimio réduit les effets secondaires. Jeûner 3 jours renouvelle entièrement le système immunitaire. Le corps ayant besoin d’énergie, il réclame un grand nombre de cellules du système immunitaire qui ne sont pas nécessaires, dont celles qui sont abîmées et qui résistent moins. L’expérience fut faite sur des souris et puis des patients ont pris le relais.
Certains diront que les preuves ne sont pas assez représentatives à l’échelle humaine. Pourtant, le jeûne est largement utilisé au Japon dans le cadre de psychothérapies. En Russie, il intervient dans la prise en charge de certaines maladies, de la dépression aux troubles obsessionnels compulsifs. En Allemagne, dans certaines cliniques, il fait l’objet d’un remboursement par les assurances. La méthode Buchinger y est pratiquée dans une clinique ouverte en 1953, son fondateur se serait guéri d’un rhumatisme articulaire aigu grâce au jeûne en 1920.
Soyons clairs, ce n’est pas le jeûne qui est un remède mais bien la pause qu’il offre à l’organisme qui est propice à la guérison; c’est le corps qui se guérit. Si l’hygiène de vie n’est pas modifiée, les problèmes risquent de revenir.
Médecine et hygiène naturelle devraient se tenir la main. Pourtant leur rivalité est ancienne: « Asclépios, le dieu grec de la médecine, avait deux filles : Panacée qui représente le remède, le traitement de la maladie par le médicament et Hygie qui symbolise l'hygiène et la médecine préventive. Du combat entre les deux, c'est Panacée qui est ressortie victorieuse et le corps médical occidental en est l'héritier. Mais Hygie trouve de plus en plus d'écho dans le public... et le jeûne fait peutêtre partie de cette démarche."4

Vanessa Janssen

LECTURES conseillées pour une première approche :
« Le jeûne une nouvelle thérapie ? », Thierry De Lestrade, ARTE Editions/La découverte.
« Compatibilités alimentaires », Desiré Merien, Ed. Nature& Vie Desiré Merien.
« Le jeûne », H .M. Shelton, Ed. Courrier du livre.
« L’art de jeûner », Dr. Fr. Wilgelmi de Toledo, Ed. Jeunesse.
A VOIR : « Le jeûne, une nouvelle thérapie ? » de Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, Arte
MERCI à Evelyne Verhulsel www.seressourcer.info
1. croire.la-croix.com
2. Médecin américain ayant recours au jeûne pour traiter des maladies. Connu comme le père de l’hygiène naturelle.
3. Gérontologue italo-américain et biologiste de renommée internationale. www.plantesante. ch
4. Angela Bolis, Le Monde.fr 15/08/2013



Paru dans l'Agenda Plus N° 286 de Avril 2017
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