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Les TOCs : comment s’en libérer



Voici bien un « trouble » que le commun des mortels comprend assez mal. Il en va de même pour les patients qui en sont atteints. Ils ont des comportements répétitifs étonnants, ils en sont bien conscients, cependant, dans la majorité des cas, « c’est plus fort qu’eux », ils continuent à les répéter. Ils vous diront que c’est pour calmer leur angoisse, voire leur détresse, mais cela traduit une très grande souffrance. Comment peuvent-ils se libérer de cet enfermement ?



Qu’est-ce qu’un TOC ?

Les TOCs pour Troubles Obsessionnels Com-pulsifs sont repris dans la bible du diagnostic appelé DMS-5*. Cela comprend le trouble ob-sessionnel compulsif (TOC) à proprement parlé, l’obsession d’une dysmorphie corporelle (ex : une jambe plus grosse que l’autre), mais égale-ment la thésaurisation pathologique (appelée syllogomanie : accumulation excessive d’objets sans les utiliser), la trichotillomanie (arrachage compulsif de ses propres cheveux), la dermatil-lomanie (triturage pathologique de la peau) et d’autres troubles beaucoup plus rares.
Qu’entendons-nous par obsessionnel et com-pulsif ? Le côté obsessionnel se caractérise, chez le patient, par des pensées, pulsions ou images récurrentes, persistantes et ressenties comme intrusives et inopportunes. Le volet compulsionnel se distingue par des comportements répétitifs ou des actes mentaux. Le sujet se sent poussé à accomplir des actes, en réponse à une obsession ou selon certaines règles qu’il se donne à lui-même et qui doivent être appliquées de manière inflexible. Voilà ce que nous dit le DSM-5.
Les patients sont généralement bien conscients de l’inutilité, du côté obsessionnel et/ou compulsif de leur comportement. Mais « c’est plus fort qu’eux », ils doivent le faire. S’ils résistent, ils se sentent très mal. Une an-goisse s’installe en eux qui peut aller jusqu’à la détresse. En pratique, ils continuent leurs comportements pour calmer leur angoisse. Il n’y a généralement pas de plaisir associé aux TOC.

Les symptômes les plus fréquents sont :
• Le nettoyage excessif du lieu d’habitation (ex. : la cuisine) ou de travail.
• La symétrie au niveau rangement et/ou comptage. Prenons un exemple : une patiente qui répéte douze fois le rangement des chaussures dans le placard et ouvre douze fois les tiroirs et les referme, etc. Ce n’est pas 11 ou 13 fois, non, il faut que ce soit 12 fois !
• Les pensées interdites ou taboues (agressives, sexuelles ou religieuses)
. • La peur de faire mal (à soi-même ou à autrui). Une patiente « se torturait l’esprit » de peur de faire mal à quelqu’un, alors que dans sa vie, c’était une personne délicieuse. Il n’y avait rien d’objectif à avoir peur de cela. Le fait de lui expliquer logiquement ne sert à rien. Comme on dit « ils sont dans leur trip » et il est très difficile, au niveau cognitif (par la discussion), de les faire sortir de cela.
Il est généralement considéré que, lorsque ces troubles prennent plus de ½ à 1 heure par jour, nous les qualifions bien de troubles ob-sessionnels compulsifs. Ces patients ont ten-dance à se replier sur eux-mêmes et à s’isoler socialement. Cela peut aller jusqu’à la perte de l’emploi ce qui les met en plus dans des difficultés financières. Souvent, dans le couple ou la famille, « ça se sait… » ! Mais en dehors de l’entourage proche qui ne comprend pas ce type de trouble qui parait illogique, les gens, généralement, ne se doutent pas des compor-tements de type TOC. Et quand ils le savent, s’installe l’incompréhension, d’où le renforce-ment de la problématique.
La dépression est la principale complication des patients atteints de TOC : 25% chez les enfants et de l’ordre de 35% chez les adultes.

D’autres pathologies peuvent aussi être associées aux TOC, qui sont :
• Troubles anxieux : panique, phobies sociales.
• Troubles alimentaires, souvent chez les femmes qui peuvent entraîner de l’anorexie.
• Troubles de la personnalité, du type « per-sonne évitante » ; ils ont peur des critiques, du rejet et du ridicule de leur entourage.
• Schizophrénie : cette association pourrait être expliquée par la résistance du patient à ces troubles.
Syndrome de « Gilles de la Tourette » : on observe régulièrement des tics chez les patients qui ont des TOC. Le lien n’est pas évident.





Qui est atteint ?

On estime qu’en Belgique, 2% de la popula-tion souffre de TOC dont 0,8% chez les ado-lescents. Ces chiffres pourraient être sous-estimés car, souvent, les patients souffrant de TOC le cachent en raison de la honte qui s’installe chez eux. La moyenne d’âge d’arri-vée du TOC est de l’ordre de 20 ans dans la majorité des pays occidentaux. Cependant, la courbe de distribution est assez large. Les TOC qui débutent avant l’âge de 18 ans et qui évoluent vers l’âge adulte sont souvent consi-dérés comme bien ancrés. 10% à 15% des enfants perdent leur TOC à l’entrée de l’âge adulte pour des raisons inconnues.

Comment s’en libérer ?

Les TOC sont, en psychiatrie, une affection qui apparaît comme sans véritable compréhen-sion. Il y a bien tout un modèle psychanaly-tique, mais il est peu satisfaisant. Il est consi-déré que les causes sont multifactorielles. On parle de génétique, un déséquilibre dans le taux de sérotonine. Les comportementalistes vous parleront de rituels et les cognitivistes du côté obsessionnel.

Ces patients sont en grande souffrance et l’ob-jectif est de les libérer de cet enfermement. Ce qui est intéressant, c’est que le Bristish Medi-cal Journal (BMJ) publie régulièrement des in-formations au sujet de certaines pathologies. Ils viennent de publier, le 2 décembre 2016, une feuille informative sur les TOC (disponible sur Internet). Ils conseillent aux patients ayant des TOC une thérapie cognitivo comporte-mentale et un traitement par médicaments. C’est une approche de type linguistique, avec des exercices à faire. En pratique, c’est très compliqué. La thérapie dure assez longtemps, quand cela fonctionne. La chirurgie a déve-loppé des méthodes plus invasives avec électrodes dans le cerveau.
Une approche qui utilise l’hypnose donne des résultats beaucoup plus rapides et satisfai-sants, voire très efficaces. Elle est basée sur le fait « qu’il y a un bug dans les circuits neu-rologiques » du patient, car dans un cerveau, vous n’avez que des circuits neurologiques. Nous pourrions dire que les comportements du sujet sont en fait « normaux » s’il ne les faisait qu’une ou deux fois à la suite. Qui n’a pas vérifié si la cuisinière au gaz est bien fer-mée… Les techniques hypnotiques vont alors « nettoyer ce bug » au niveau inconscient, afin de revenir à une situation normale de fonctionnement du cerveau. Il est tout à fait courant de vérifier une ou deux fois si la cuisinière au gaz est bien fermée…

Daniel Radoux
www.iani.info
A NOTER : Daniel Radoux participera à l’émission « La vie du bon côté » animée par Sylvie Honoré sur Vivacité le 21 septembre.

* Le DMS-5 est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, publié en anglais par l’American

Psychiatric Association. C’est le manuel de référence en psychiatrie, en psychologie et en psychothérapie pour classer les symptômes qui sont observés chez nos patients. C’est une sorte de langage commun pour que nous discutions de la même pathologie, avec les mêmes caractéristiques. Cela a ses avantages et ses inconvénients (souvent, la réalité du patient est assez compliquée pour la mettre juste dans une « case »…). Mais c’est pratique.



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