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Le régime cétogène : non au sucre, oui au gras !



Contrairement à ce que pourrait laisser présager sa quête absolue de « vérité scientifique », le domaine de la santé n’échappe pas aux phénomènes de mode et aux virages à 180 degrés s’agissant de ses recommandations. A l’ère des « bons glucides et du mauvais gras » succède donc actuellement celle du « méchant sucre et des bonnes graisses » avec pour vitrine le « Régime cétogène ». Mais pour qui et pour quoi ?





Il arrive que certaines pistes thérapeutiques pourtant prometteuses restent au placard des décennies durant lorsque le nombre de « cas » qu’elles visent est restreint ou concerne une pathologie n’ayant pas figure d’épidémie. Tel est le cas de la « diète cétogène » (« Low carb, high fat » ou LCHF en anglais) mise au point dès 1920 par le Dr Russel Wilder (Clinique Mayo, Minnesota) pour le traitement de l’épilepsie chez l’enfant. Depuis quelques années, ce régime refait surface comme solution potentielle aux maladies de civilisation ayant aujourd’hui valeurs d’épidémie que sont l’obésité, les maladies inflammatoires et le cancer. Mais de quoi parle-t-on au juste ?

Cétogène… mais encore ?

Pour obtenir de l’énergie des aliments, notre physiologie utilise principalement les sucres et les graisses qu’ils nous apportent. L’alimentation actuelle, suite, en grande partie, à la diabolisation des graisses, apporte une quantité considérable de glucides (les « sucres ») dans l’assiette où ils représentent plus de 50% des apports caloriques. Or, contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre physiologie n’est pas adaptée à une telle surcharge ! Plus encore, elle peut parfaitement, et ce malgré le fait que certaines cellules soient dépendantes du glucose (le principal sucre que nous métabolisons pour en obtenir de l’énergie), s’en passer dans l’alimentation car nous sommes capables d’en synthétiser à partir des graisses et protéines ingérées. La rumeur du « besoin de bons glucides » pour éviter l’hypoglycémie et être en bonne santé est donc physiologiquement… un bluff savamment entretenu par ceux à qui profite le crime ! Et ce d’autant plus que les sucres et édulcorants divers infiltrant le moindre gramme de nourriture industrielle sont unanimement reconnus comme un véritable danger pour la santé. Les physiologistes ont donc exploré les voies dont dispose notre organisme pour obtenir de l’énergie. Parmi celles-ci, il en est une qui, lorsque l’apport alimentaire en glucides est extrêmement réduit (moins de 50 grammes de glucides assimilables par jour), mobilise le foie pour utiliser les graisses en priorité comme source d’énergie. L’organisme entre alors en « cétose » et les produits de dégradation des graisses (alimentaires ou corporelles) appelés « corps cétoniques » servent de carburant alternatif au glucose pour la plupart de nos cellules.

Alors qu’est-ce qu’on mange ?

Là où un régime alimentaire traditionnel va prôner des proportions (pourcentage des apports caloriques) de 55% de glucides, 25% de lipides (graisses) et 20 % de protéines (viandes, légumineuses,…), le régime cétogène propose lui de consommer normalement 90% de lipides, 8% de protéines et seulement 2% de glucides !! Des adaptations un peu plus souples proposent 75% de lipides, 15% de protéines et 10 % maximum de glucides. Il s’agit donc d’une diète riche en graisses, modérée en protéines et très pauvre en glucides, ceux-ci ne devant pas dépasser 50 grammes par jour, obtenus essentiellement par les légumes. De nombreux livres consacrés à cette diète proposent des tableaux donnant pour chaque type de légume ou fruit la proportions de glucides assimilables qui s’y trouvent par 100 grammes. Les graisses sont alors obtenues surtout via les huiles végétales (riches en oméga 3 de préférence comme la noix, le colza, le lin,…), la consommation de petits poissons gras, de végétaux comme l’avocat et de matières grasses comme le saindoux, la graisse d’oie et surtout la graisse de coco, aliment phare de ce régime. Une huile issue de la purification de l’huile de coco et appelée TCM (pour Triglycérides à Chaîne Moyenne, un type particulier de graisses très digestes et faciles à assimiler) est également proposée en complémentation nutritionnelle pour faciliter le régime.

Au revoir donc sucres raffinés, pain, pâtes, légumes riches en sucre (pomme de terre, carottes, betteraves… du moins au début) et même fruits au début ! Il s’agit là d’un changement important d’habitudes, mais salutaire au vu des bénéfices enregistrés !

Des bénéfices, mais lesquels ?

L’utilisation des corps cétoniques issus de la digestion des graisses en remplacement du glucose n’étant plus apporté qu’en très faible proportion se traduit physiologiquement par une série de changements profitables dans nombre de pathologies : une diminution des taux de sucre et d’insuline sanguins, de l’inflammation générale, de la pression sanguine (et donc du risque cardiovasculaire). Mais aussi une augmentation de l’utilisation des graisses corporelles pouvant aboutir à la perte de poids, une amélioration des performances cognitives et donc de la clarté mentale.
Le régime cétogène permet donc une amélioration de l’état des patients obèses, atteints de diabète de type 2, d’Alzheimer, de maladie de Parkinson, d’épilepsie, de sclérose en plaques, de dépression et même de cancer ! Son utilisation en oncologie fait de plus en plus d’adeptes car les tumeurs cancéreuses, de par leur métabolisme dérégulé, sont particulièrement avides de glucose. Les en priver est donc une voie thérapeutique prometteuse! En cas de troubles de santé déjà existants, il est vivement conseillé de se faire suivre par un médecin nutritionniste pour initier cette diète. Elle requière en effet un bon fonctionnement du foie et peut-être contre-indiquée chez les personnes présentant des anomalies de paramètres biologiques rénaux et hépatiques. Chez une personne en bonne santé désireuse de modifier son alimentation pour un mieux-être, il reste intéressant de réaliser un bilan sanguin préalable et surtout de s’écouter afin d’adapter la diète en cas de besoin et de ne la réaliser qu’en cures occasionnelles.

La fin (faim) du plaisir ?

L’évocation des aliments à privilégier peut donner l’impression qu’un monde de plaisir gastronomique se ferme soudain. Il s’agit surtout d’un changement de paradigme alimentaire qui, bien sûr, prive d’aliments « confortables », mais ouvre aussi la voie à de belles découvertes alimentaires au travers des recettes « cétogènes » équilibrées mises au point par de nombreux nutritionnistes. Si les premiers jours de l’entrée de l’organisme en cétose s’accompagnent de légers maux de tête, de nausées et fatigue, ils laissent rapidement la place à un accroissement de l’énergie générale et au mieuxêtre certain d’un corps désintoxiqué du sucre. Prudemment suivie, cette nouvelle façon de s’alimenter permet en tout cas la redécouverte d’aliments méconnus et une reprise en main de son alimentation qui, avec un peu d’organisation, vaut largement la joie de l’expérimentation, même pour un temps.

Charline Nocart

DE BONNES SOURCES POUR EN SAVOIR PLUS :
• Plus de gras, moins de sucre, de Martina Slajerova, Editions Marabout
• Céto Cuisine, 150 recettes cétogènes, de Magali Walkowicz, Thierry Souccar Editions & LaNutrition
• Le Régime Cétogène contre le Cancer, des Pr Ulrike Kämmerer, Dr Chritstina Schlatterer et Dr Gerd Knoll
• Le Grand Livre de l’Alimentation Cétogène, de Ulrich Genisson et Nelly Genisson, Thierry Souccar Editions.
• www.lanutrition.fr
• www.regimecetogene.com
• Séminaire sur « Le Régime Cétogène » de la Société Belge de Phytothérapie & Nutrithérapie dispensés par Etienne Capieaux et Lucie Bailleux



Paru dans l'Agenda Plus N° 295 de Mars 2018
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