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Slow living. Eloge de la lenteur.



À l’instar de la « Simplicité Volontaire » et du « Downshifting », la vie tranquille et ralentie proposée par le « Slow Living » nous invite à retrouver le temps de savourer les plaisirs et la joie d’être. Découverte d’une philosophie et d’un mouvement en plein essor.



Il n’y a pas si longtemps, la famille élargie était une véritable entité où les membres vivaient sous le même toit ou dans le même village. Les enfants grandissaient en connais-sant leurs cousins, leurs tantes et leurs oncles, leurs grands-parents. Ces enfants se sentaient connectés.
De même, les gens avaient une connexion avec leur nourriture. La plupart cultivaient leurs propres légumes et fruits ou étaient proches du maraîcher local. Les jardins pota-gers étaient la norme. Beaucoup de familles avaient une vache domestique pour le lait, le fromage, le beurre et la crème. La plupart des familles élevaient également des volailles pour la viande et les oeufs. Tout le monde était impliqué dans la préparation des repas et dans la vie domestique. Et toutes les fa-cettes de la vie suivaient la même logique. Ces interconnexions étaient normales.

De nos jours, le modèle de vie moderne ultra-rapide a affaibli ces interconnexions vitales. Les progrès technologiques ont peut-être amélioré la qualité de nos vies, mais ils nous ont aussi coupés les uns des autres, de la compréhension des liens de cause à effet, et de ce sentiment puissant d’interdépen-dance avec le Vivant.
Face à ce constat, une des solutions se trou-verait-elle dans le fait de ralentir la cadence ? Certainement !

Le « Slow Movement », souvent traduit en français par « Mouvement Doux », prône en effet l’éloge de la lenteur et regroupe un large éventail d’activités qui se déroulent aux quatre coins de la planète. L’idée ? Amorcer une transition culturelle vers le ralentisse-ment de nos rythmes de vie, l’allègement des pressions modernes et le retour au plaisir des choses simples afin de nous relier de manière plus significative à la Nature, aux autres et à nous-mêmes. C’est un peu comme une « contre-force » qui vise à rééquilibrer le rythme effréné d’une société humaine de plus en plus déséquilibrée, individualiste et endormie.
En prenant le temps pour expérimenter et savourer les différentes facettes de notre vie, nous sommes davantage en mesure de nous relier à ce qui est profondément satis-faisant. Etant satisfaits, nous nous détendons et sommes alors en mesure de recontacter l’essence même de la vie : la joie, la simpli-cité, la douceur, le bonheur.
Pour y parvenir, le « Slow Movement » pro-pose des alternatives situées à 180° des ten-dances qu’a vu naître le XXème siècle, telles que la surconsommation démesurée, la res-tauration rapide (et la malbouffe) ou encore le tourisme de masse.

Origines contestataires

Les protestations lancées en 1986 par Carlo Petrini contre l’ouverture d’un McDonald's à la Piazza di Spagna, à Rome, marquent les dé-buts du mouvement dans le domaine de l'ali-mentation. Le « Slow Food » (Restauration Lente) se crée en réaction au « Fast Food » (Restauration Rapide). En 1989, le mouve-ment prend de l’ampleur et le « Manifeste Slow Food » est signé par des délégués issus de 15 pays. Le mouvement se diffuse ensuite dans le monde entier : plus de 150 pays à l’heure actuelle !

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que le « Slow Food » ait commencé en Italie où les gens sont habitués depuis des générations à se rassembler pendant de longues heures pour savourer en toute convivialité des pro-duits locaux et du bon vin. Le concept de « restauration rapide » façon McDo ne pou-vait que heurter cette identité culturelle !
Ainsi, pour les heureux partisans du « Slow Food », le premier mot qui devrait venir à l’esprit lorsque nous pensons « nourriture » est « plaisir ». Ce plaisir savoureux vécu lorsque nous nous sentons en osmose avec notre environnement, reliés aux gens que nous aimons et impliqués dans la préparation d’une nourriture saine, locale et délicieuse.



Concrètement, les objectifs du « Slow Food » sont assez clairs :


• s’opposer aux effets dégradants de l'industrie agroalimentaire et de la culture de la restau-ration rapide qui standardisent les goûts ;
• défendre la biodiversité alimentaire ;
• promouvoir les effets bénéfiques de la consommation délibérée d'une alimentation locale ;
• promouvoir une philosophie du plaisir ;
• encourager le tourisme respectueux de l'environnement et les initiatives de solidarité dans le domaine alimentaire ;
• réaliser des programmes d’éducation du goût pour les adultes et les enfants ;
• travailler pour la sauvegarde et la promotion d’une conscience publique des traditions cu-linaires et des mœurs ;
• aider les producteurs-artisans de l’agro-ali-mentaire qui fournissent des produits de qualité.

Vers le « Slow Living »

Après le lancement du mouvement « Slow Food », Carlo Petrini et d’autres ont compris que la nourriture n’était qu’un des aspects de la vie qui devait bénéficier de ce type d’atten-tion et de soins particuliers. Le mot « Slow » est vite devenu un raccourci pour une philo-sophie et un mode de vie qui est maintenant appliqué à de nombreuses activités humaines. Le « Slow Living » était né !

Voici quelques-unes des facettes les plus populaires du mouvement « Slow » :

Slow RELATION : retrouver le temps de sa-vourer, approfondir et revigorer les relations importantes dans notre vie ;
Slow HOBBIES : retrouver le temps d’avoir un hobby qui nourrit notre âme et qui aide la planète en même temps ;
Slow WORK : retrouver le temps de devenir un « artisan » de ce que nous faisons (en service à l’autre ou à la planète) plutôt qu’un simple « travailleur » qui perd sa vie à la gagner ;
Slow TRAVEL : retrouver le temps de profiter du voyage lui-même, de faire l’expérience des saveurs et couleurs régionales, de choi-sir de découvrir des destinations proches de chez soi ;
Slow FAMILIES : retrouver le temps pour « être» avec nos enfants (et pas obligatoi-rement pour « faire » des choses avec eux), pour vivre en conscience les joies du temps libre en famille, de la créativité et de l’enga-gement profond avec la vie ;
Slow MONEY : retrouver le temps d’utiliser notre argent à bon escient, en cherchant et en soutenant des projets qui comptent vrai-ment pour nous et qui contribuent au bon-heur d’autrui et au respect de la planète ;
Slow SEX : retrouver le temps, comme dans la métaphore de John Gray (l’auteur de « Les Hommes viennent de Mars, les Femmes de Venus »), de « préparer et déguster un bon repas gastronomique multi-services plutôt qu’un repas-minute au micro-ondes… »
Slow PRESS : pour que la qualité et l'intérêt du journalisme passe par le fait de prendre le temps, dans le choix et le traitement des sujets, et nécessite un processus de créa-tion/production qui replace au centre du travail du journaliste le projet de la presse.
Dans cet esprit, la liste continue de croître et inclut désormais des activités comme le « Slow Bicycles », le « Slow Cinema », le « Slow Book », le « Slow Homes », le « Slow Cosmetic » ou encore le « Slow Cities ». Bref, pour contrer les rythmes arti-ficiels de nos sociétés modernes, le mouve-ment « Slow » est en pleine croissance et fait des émules !
A noter : vous l’aurez compris, le mouvement « Slow » ne consiste pas à faire les choses lentement. Il s'agit de trouver la « vitesse juste » pour agir d'une manière qui valorise la qualité sur la quantité, les avantages à long terme sur les gains à court terme et le bien-être du collectif sur celui de quelques indivi-dus isolés.

Vivre plus lentement ?

Je n’ai pas le temps pour ça ! Si cette réaction est plus commune hors des milieux alternatifs, elle montre à quel point la majorité des gens aurait effectivement besoin de ralentir. Le fait de diminuer nos rythmes (qui sont tout à fait asynchrones avec les rythmes naturels) serait même la meilleure des choses que nous puissions nous offrir et offrir à nos proches.
Par exemple, la fête de Noël ou même de Thanksgiving dans les pays anglo-saxons est souvent une occasion de ralentir, de se retrouver en famille ou avec des amis autour d’un bon repas. Évidemment, célébrer Noël ou Thanksgiving tous les jours ne serait pas souhaitable, voire pratique, mais nous pou-vons davantage inclure un esprit de célébra-tion dans nos vies : les 364 autres jours de l’année n’en seront que plus riches !
Un autre exemple de « Slow Living » est la journée « Tech Free » (sans technologie). C’est une nouvelle démarche (au succès croissant) qui invite les individus et les fa-milles à se « débrancher de la technologie » un jour par semaine afin de se « rebrancher sur l’essentiel », d’avoir plus de temps pour être avec soi et/ou avec les autres, pour se détendre, lire et jouer loin des écrans, ta-blettes et téléphones.
Pour ralentir, il est donc inutile de tout chambouler en une fois. Mieux vaut décé-lérer petit à petit, en commençant par être plus conscient de ce qui affecte positive-ment et négativement la qualité de notre vie. Nous pouvons prendre quelques minutes au début et/ou à la fin de chaque journée pour conscientiser et savourer tous les aspects que nous avons préférés. Au fil du temps, nous observerons des logiques et l’émergence de certains schémas. Sur cette base, nous pourrons redéfinir certains aspects de notre vie pour amplifier ce qui fonctionne bien et réduire, voire éliminer, ce qui fonc-tionne mal. Pour certaines personnes, cela se déroule de façon exponentielle au fil du temps, tandis que pour d’autres, des changements plus radicaux se font sen-tir rapidement. Pour ces derniers, le besoin d’apporter des modifications fondamentales à leur alimentation, à leur maison, à leur travail ou à leurs relations devient vite une urgence. Quoi qu’il en soit, l’important est de cheminer en conscience et en confiance vers de plus en plus de cohérence, tout en étant très doux et tolérant avec nous-mêmes (et les autres) concernant nos (leurs) inco-hérences.
En complément, se relier à d’autres individus qui font le même type de démarche peut faciliter la transition. Faire partie d’un réseau « Slow » ou d'une communauté de per-sonnes qui partagent les mêmes idées repré-sente un excellent support pour échanger et se soutenir mutuellement dans le processus.



Vers de beaux lents-demains

Le message central du mouvement « Slow » est d’augmenter notre « plaisir de vivre » en prenant le temps de « savourer », quoi que nous fassions. Par exemple, imaginons tous les bénéfices liés au fait de prendre le temps de cultiver une partie de nos aliments, de les récolter et de les préparer en conscience, de les consommer dans un esprit de célébra-tion et de convivialité, en famille ou avec des amis. Même si ce n’est que de temps en temps ! Il est donc inutile de se juger si, occa-sionnellement, nous mangeons sur le pouce dans notre voiture ou à notre bureau ! Et nous n’avons pas non plus à mâcher chaque bouchée 20 fois avant de l’avaler pour « faire slow ».
L’objectif premier est de replacer les plai-sirs simples, la joie et l’être au centre de la démarche. Peut-être adorons-nous faire des petites siestes sans nous octroyer ce plaisir ? Peut-être apprécions-nous de flâner dans les bois sans jamais nous autoriser à le faire ? Ou encore, nous aimons peut-être l’am-biance et les odeurs liées à la préparation de cosmétiques-maison sans pour autant nous accorder ce temps précieux ?

Ralentir ? Une urgence !

Les questions liées au manque de temps, au rythme et au fait que nous continuions sans cesse de co-créer une forme de « pauvreté temporelle » sont au centre du mouvement « Slow ». La majorité d’entre nous semble entraînée dans une course folle dont l’ob-jectif a été perdu de vue depuis longtemps.
Beaucoup pointent le doigt vers l’extérieur, prétextant que c’est le rythme imposé par la société contemporaine et qu’il faut s’y ac-corder. C’est mal comprendre comment les choses fonctionnent. Le monde n’est pas une entité séparée de nous. Le monde s’accélère parce que nous accélérons. Car le monde, c’est nous !
La question est donc : voulons-nous vraiment découvrir jusqu’à quelle vitesse nous pou-vons aller ? La sagesse ne voudrait-elle pas que nous choisissions plutôt à quelle vitesse nous voulons aller ? Dans le premier cas, la réponse ne sera trouvée qu’à l’épuisement des ressources intérieures (burn-out, mala-die, mort) et/ou extérieures (déséquilibres des éco-systèmes, burn-out de la planète) ; dans le second, nous prenons nos responsa-bilités et décidons en conscience du rythme que nous voulons vivre. Ce qui, immanqua-blement, contribuera à ralentir le rythme global. Ce n’est que goutte après goutte que l’océan du changement se révèle !

Se délier et se relier

Evidemment, d’autres facteurs doivent in-tervenir pour rééquilibrer les plateaux de la balance planétaire. Que manque-t-il donc pour que le monde retrouve son équilibre ? Ou exprimé autrement : que nous manque-t-il donc pour que nous retrouvions notre équilibre ?
Une chose centrale qui semble manquer est un retour conscient à l’esprit de reliance. Or, nous continuons sans cesse à cultiver l’esprit de séparation sous toutes ses formes : avec les autres nations, les autres religions, les autres cultures, les autres modes de pensée, l’autre tout court et nous-mêmes ! Simulta-nément et paradoxalement, nous cherchons aussi à retrouver une connexion intérieure avec les autres et le Tout. C’est naturel, puisque, au plus profond de nous, nous avons tous le goût du parfum originel de l’Unité. Consciemment ou non, nous voulons donc plus que tout retrouver cette connexion au travers de nos relations, avec notre famille, notre communauté, notre environnement et, ultimement, avec la Vie elle-même. Nous voulons vivre une vie reliée.
En ce sens, le « Slow Living » représente une merveilleuse invitation à vivre une reconnexion consciente avec nous-mêmes, les autres et la Vie. Une belle opportunité pour se délier du superflu et se relier à l’essentiel, en toute tranquillité.

Olivier desurmont

RÉFÉRENCES :
• « Eloge de la lenteur » de C. Honoré chez Marabout
• « Ralentir » de J. D. Drake chez Ecosociété
• « Slow Food, manifeste pour le goût et la biodiversité » de C. Petrini chez Yves Michel
• « Slow Sex - Faire l'amour en conscience » de D. Richardson chez Almasta
• « Ralentir - La slow attitude pour vivre mieux » de L. Roux-Fouillet au Livre de Poche
• « La slow life en pleine conscience » de C. Chapelle chez Jouvence.



Paru dans l'Agenda Plus N° 289 de Juillet 2017
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