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Les Phobies, il ne faut pas en avoir PEUR !



Certaines personnes se mettent à hurler à la vue d’une souris, d’autres sont tétanisées à l‘idée de monter sur une échelle ou de prendre la parole en public. Phobie, qui estu et pourquoi nous mets-tu dans un état pareil ?
Le domaine des phobies est bien mystérieux. Cette crainte angoissante et injustifiée d’une situation, d’un objet, de l’accomplissement d’une action, comme la définit le Larousse, peut sembler complètement démesurée et pourtant elle touche environ un Belge sur quatre.



La différence entre la peur et la phobie

Si l’évocation du mot phobie renvoie à la peur, il faut bien distinguer les deux. La peur est l’une des quatre émotions de base avec la joie, la tristesse et la colère. Non seulement « avoir peur » est un sentiment normal, mais c’est surtout une émotion utile et indispensable à notre survie. Cette émotion, qui est l’une des plus anciennes du monde animal et humain, a pour fonction première de permettre de développer des stratégies de survie et d’adaptation à notre environnement. Comme l’explique Michelle Shenhav, spécialiste de la thérapie brève et stratégique, « La peur agit comme un système d’alarme et ses symptômes sont spectaculaires (rythme cardiaque qui s’emballe, sueurs froides,…). C’est notre cerveau reptilien, au niveau du système limbique, qui nous permet d’éviter des situations dangereuses. Notre cerveau est programmé comme un ordinateur, il trouve des solutions pour nous protéger et nous maintenir en vie. Par exemple, si, au moment de traverser, une voiture arrive à vive allure, mon coeur va s’affoler et dans un réflexe de survie je vais courir ou faire un bond en avant. La peur devient problématique quand elle est invalidante, quand elle ne nous permet pas de nous adapter à l’environnement, qu’elle nous paralyse et nous empêche de vivre des situations nouvelles. Nous parlons alors de phobie.»

Dans le cas des phobies, le stress ne se transforme pas en action et il devient rapidement très nocif. La peur devient irrationnelle, répétitive et systématique et la réalité est perçue de manière déformée et menaçante. Cette perception entraîne une angoisse aiguë. Nous sommes bien d’accord, les phobies ne sont qu’une perception de la réalité mais une perception très convaincante et l’homme est très doué pour entretenir ses croyances ou ses illusions.

Certaines phobies comme l’ophiophobie, celle des serpents, sont assez faciles à vivre dans nos pays mais d’autres comme l’ochlophobie, la peur de la foule, peuvent être un véritable handicap dans la vie de tous les jours et avoir des répercussions sur le bien-être général. Certaines phobies sont très invalidantes comme dans le cas des émétophobes pour qui la peur de vomir en public est un véritable cauchemar à vivre au quotidien.

Concrètement, comment ça se passe ?

La personne qui se retrouve dans une situation phobique va réagir par des manifestations de trois sortes :

• physiques : des réactions corporelles très diverses : respiration rapide (hyperventilation), augmentation du rythme cardiaque, bouffées de chaleur, transpiration excessive, vertiges, troubles gastro-intestinaux, troubles du sommeil…
• cognitives : la peur entraîne une réaction mentale et/ou imaginaire qui amène la personne à inventer des situations.
• comportementales : pour ne pas avoir à vivre ce genre de situation, la personne génère des stratégies de survie.

Nul ne souhaite vivre une situation désagréable, à moins d’être maso ! Afin de ne pas devoir vivre la situation phobogène, l’individu va mettre en place ce qu’on appelle des stratégies d’évitement. Certains peuvent aussi demander à leur entourage proche de participer à des rituels qui leur permettent de mieux vivre la situation. Mais cette relation de dépendance ne fait qu’entretenir la croyance que l’on est incapable de faire face seul à la situation.

L’angoisse se transforme en véritable crise d’angoisse qui épuise physiquement et psychologiquement. Cette anxiété accrue et la mise en place de ces moyens d’évitement sont à la base de toutes les phobies. Cela peut avoir des répercussions sur la vie affective, sociale et professionnelle, à une plus ou moins grande intensité. Michelle Shenhav, parle du cercle vicieux qui s’installe : « Plus on évite la situation, le lieu ou l’objet de sa phobie, moins on se sent capable d’affronter et donc moins on s’adapte à l’environnement. Plus on demande de l’aide à l’entourage pour affronter la phobie, plus on devient dépendant. On met en place soi- même des solutions à court terme mais qui ne font que reporter le problème. En agissant de la sorte, on alimente sa phobie.»



Les différentes sortes de phobies

Il est difficile de faire une liste exhaustive des phobies tellement il en existe. Certaines sont des plus farfelues comme la peur de la bellemère, la pentheraphobie ou celle des genoux, la génuphobie. De la plus précise à la plus étrange, chaque phobie se voit attribuer un nom.

Néanmoins, deux grandes catégories existent :
les phobies simples : liées à un objet ou un animal, l’environnement naturel (orage, eau,…) le sang, une blessure,… les endroits clos, les tunnels
les phobies complexes ou sociales : provoquées par la peur intense de situations ou d’événements se déroulant sous le regard ou en interaction avec d’autres (parler en public, téléphoner à un inconnu, vomir en public,...)

Parmi toutes les phobies, certaines ne touchent qu’une minorité de personnes. D’autres par contre, sont beaucoup plus répandues, par exemple :
l’acrophobie : la peur du vide, des hauteurs, des lieux élevés
la claustrophobie : ressentie dans des endroits clos ou confinés, elle est liée à la peur d’être enfermé, de se retrouver bloqué dans un espace confiné (ascenseur, tunnel, galerie souterraine)
l’aérophobie : liée à la peur des voyages en avion
l’arachnophobie : liée à la peur des araignées
l’agoraphobie : une peur liée à des situations dont il pourrait être difficile de s’échapper ou l’aide pourrait ne pas être disponible. Elle peut apparaître dans de grands espaces, dans un quartier inconnu, dans une salle de concert
l’hématophobie : la peur du contact et de la vue du sang
la thanatophobie : la peur de la mort.

Certaines phobies touchent exclusivement les enfants. C’est le cas de la phobie scolaire qui malheureusement touche un nombre croissant d’enfants ces dernières années, et ce, dans tous les milieux sociaux. C’est un phénomène complexe qui peut avoir différentes origines : une remarque désobligeante, la pression sociale, le harcèlement scolaire,… Des maux physiques comme les maux de ventre, le coeur qui se serre, s’installent en réaction à une peur irrationnelle et le jeune cherche à tout prix l’évitement de l’école.

D’où viennent-elles ?

L’origine des phobies n’est pas toujours facile à trouver. Dans certains cas elle est assez évidente et est liée à une expérience traumatisante, que ce soit une agression ou un accident. Dans d’autres cas, elle s’installe de façon accidentelle et peut parfois correspondre (ou pas) à un moment de vie plus angoissant comme une séparation ou un deuil. Elles peuvent aussi s’installer inopinément et se développer par la suite. Il n’y a pas d’âge pour être phobique ou pour le devenir. Les femmes seraient plus sujettes aux phobies que les hommes (2 femmes pour 1 homme). Pour ce phénomène irrationnel et irraisonné, il faut accepter qu’il n’y ait justement pas toujours d’explication rationnelle puisqu’il s’agit d’une émotion et qu’une émotion se ressent sans toujours réussir à l’expliquer.

Chez l’enfant, la phobie peut aussi se développer « par apprentissage ». Si une mère se met à hurler et trembler dès qu’elle voit une souris ( musophobie) il se peut très bien que son enfant soit conditionné socialement à développer une peur face à ces petites bêtes.
Certains disent qu’être sujet à une phobie est héréditaire, d’autres parlent d’un manque de sérotonine, ce neurotransmetteur qui agit sur le système nerveux central, notamment dans la régulation de l’humeur ou de l’émotivité.

La complexité des phobies

Les phobies ne sont liées à aucune rationalité. Les personnes qui ont peur de l’avion ont beau savoir que c’est un des moyens de transport les plus sûrs, elles n’arrivent pas à se raisonner. Très conscientes du côté irrationnel du problème, la raison n’a pourtant pas sa place. Moi-même, qui ai une peur bleue des serpents, je me suis un jour retrouvée incapable de cuire des saucisses car elles me faisaient trop penser au sujet de ma phobie !

Le conscient aime ce qui est rationnel. Travailler au niveau du conscient est donc inefficace. La construction de la phobie est très différente d’une personne à l’autre. Le mental joue un rôle redoutable. Pour un gallinophobe par exemple, rien que l’image mentale d’une poule suffit à faire naître un état d’anxiété aigu accompagné de symptômes physiques de panique. Les peurs deviennent totalement incontrôlées et disproportionnées par rapport aux risques réellement encourus, la perception de la réalité étant propre à chacun. L’entourage veut rassurer mais souvent il fait plus de mal que de bien en pointant du doigt le côté « débile » de cette peur incontrôlable.

Peut-on soigner les phobies ?

Il n’est pas toujours facile d’avouer que l’on a une phobie. Souvent on se sent nul face au côté irrationnel de cette peur et à l’état dans lequel elle peut nous mettre. On a honte. On se sent à l’écart. Pour peu que quelqu’un se soit un jour moqué de nous, c’est la catastrophe. Les phobiques attendent souvent longtemps avant de demander de l’aide. « Nous autres les phobiques, nous attribuerons une plus grande valeur à nos échecs qu’à nos succès et minimiserons nos réussites et les situations heureuses », explique Alexandra de Sénéchal, auteure du livre « Les Phobies, c’est fini "

L’entourage bienveillant va essayer d’apaiser par des mots rassurants qui vont faire appel à la raison, « Il n’y a pas de raison d’avoir peur, regarde il n’y a pas de danger ». « Face à une personne phobique, il faut surtout accueillir l’émotion », explique Michelle Shenhav, « En rassurant on coupe l’émotion. Dire « mais enfin, regarde, ce chien est tout gentil », ne va pas aider la personne tétanisée face au chien. Toute la subtilité du traitement des phobies réside dans le fait que le travail doit se faire sur le plan émotionnel. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est possible !



Les solutions existent

Il existe plusieurs pistes à explorer pour mettre fin à cette souffrance si particulière. Mais à la base du traitement il doit avant tout y avoir l’envie du patient de guérir, cela doit être sa motivation. Comme le confirme Nanou Hubeau, life coach et hypnothérapeute, « Si une personne fait la démarche de venir voir un thérapeute, il y a de fortes chances qu’elle croie en sa guérison, ce qui est déjà une partie du travail. » Certains traitements demandent une grande implication du patient. « C’est un travail d’équipe », explique le psychologue Jérôme Vermeulen, psychologue hypnothérapeute et responsable du site psychologue.be. Trouver la technique qui convient n’est pas toujours évident. « Cela dépend d’une personne à l’autre, d’un professionnel à l’autre. Cela peut être décourageant mais parfois il faut chercher avant de trouver la bonne combinaison », ajoute-t-il. Le travail choisi sera progressif et tiendra compte du rythme du patient. La phobie n’est jamais attaquée de front.

Voici quelques pistes. Ce ne sont pas les seuls qui existent, mais elles ont fait leurs preuves et elles ont l’avantage de proposer un résultat après quelques séances :

LES THÉRAPIES cognitivo-comportementales
Le postulat de départ est le suivant : connaître la raison d’être de la phobie, son pourquoi, ne permet pas de l’apaiser. Dans cette démarche, le thérapeute aide la personne à affronter sa peur en l’exposant progressivement à l’objet ou à la situation redoutée via la visualisation ou l’imagerie mentale. Il y a des objectifs à atteindre tout au long de la thérapie et parfois des exercices à faire entre les rendez-vous. Les thérapies brèves systémiques et stratégiques, d’après le modèle de Paolo Alto, par exemple, tentent de comprendre comment fonctionne la phobie et d’identifier sa construction. «La phobie n’est pas rationnelle, c’est une construction de notre cerveau. Comprendre pourquoi ne nous aidera pas à la soigner. Ce qui nous aidera par contre, c’est comprendre comment elle se manifeste et quelles sont les tentatives mises en place pour l’éviter. Imaginez que vous êtes dans un tunnel et qu’un fantôme vous poursuit. Vous courez et il continue de vous poursuivre et de vous effrayer, mais si vous vous retournez, que vous le regardez en face et que vous le touchez du bout des doigts, c’est lui qui sera saisi. Par des exercices confrontants, on peut apprendre à apprivoiser sa peur, à la confronter et ce n’est plus, dès lors, elle qui décide. » résume Michelle Shenav. « On y va progressivement. Il faut rendre aversive ce que la personne met en place et lui montrer qu’en agissant de la sorte, elle nourrit sa phobie qui ne cessera de grandir. Cette démarche demande beaucoup de courage pour aller à la rencontre de sa peur ».
Certains hôpitaux en Belgique tirent les avantages des avancées de la technologie en ayant recourt à un dispositif médical atypique, un dispositif 2.0, la réalité virtuelle. Le patient sachant que ce qu’il vit dans le casque n’est pas une situation réelle, a moins la frousse d’affronter une situation qu’il évite dans la réalité.

L’HYPNOSE
L’état de conscience obtenu sous hypnose s’apparente à un état profond de relaxation, un état cérébral décalé qui n’a rien à voir avec le sommeil. « Malheureusement, certaines personnes ont encore peur de l’hypnose alors que c’est un moyen simple et confortable et la plupart du temps très agréable de se soigner », explique Nanou Hubeau. « L’hypnose est un des moyens les plus puissants et simples pour travailler avec l’inconscient. Il n’est pas nécessaire de faire une hypnose profonde, on peut très bien travailler dans le niveau qu’on appelle niveau alpha et ça fonctionne très bien ».
L’hypnotiseur va guider le sujet afin qu’il se recentre sur ses perceptions et ses émotions. De la sorte, il aide la personne à ancrer des émotions confortables d’apaisement, de confiance et de sécurité. Sous hypnose, la personne va être amenée à vivre une expérience différente et positive.

L’EMDR Eye Movement Desensitization and Reprocessing
Cette technique de désensibilisation et de reprogrammation par des mouvements oculaires est un outil thérapeutique développé à l’origine pour traiter les personnes souffrant de troubles de stress post- traumatique. Elle est idéale quand un lien existe entre traumatisme et peur. Les mouvements oculaires favoriseraient la formation de nouvelles connexions positives.

Peut-on parler de guérison ?

Quand le travail entrepris est terminé, la phobie n’a pas à proprement parler « disparu ». Il est plus prudent de dire que la personne a appris à la maîtriser, à l’affronter plutôt qu’à l’éviter et à remettre la peur à sa juste place. Elle n’est plus angoissée par sa phobie et perçoit autrement la réalité et le monde qui l’entoure.
Cela entraîne bien évidemment des changements dans la vie de tous les jours dans le cas de certaines phobies. Nanou Hubeau attire l’attention sur ces changements : « Dans la majorité des cas, les changements sont très agréables et conviennent à tout le monde, mais parfois, ces changements peuvent être surprenants pour l’environnement. Dans certains cas, il est important de travailler aussi avec l’entourage. »
Que la phobie soit invalidante au quotidien ou qu’elle se manifeste moins souvent, il est possible de ne pas en souffrir toute sa vie. Comme en témoigne Alexandra de Sénéchal, « La lutte contre les phobies est une lutte de tous les instants qui nécessite énergie et détermination. C’est une guerre que nous déclarons à nos peurs excessives, et comme dans toutes les guerres, le vainqueur sera celui qui voudra le plus la victoire ! »

Vanessa Jansen

« Les Phobies, c’est fini » Ed. Jouvence
• www.psychologue.be



Paru dans l'Agenda Plus N° 296 de Avril 2018
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